Sibylle GOEPPER : Polémiques de la « seconde dissidence ».

Sibylle Goepper : Polémiques de la « seconde dissidence ».
Les prises de position d’un sous-champ d’auteurs de RDA émigrés en RFA lors de la « querelle littéraire allemande » des années 1990

Cette thèse a été présentée le 20 novembre 2008 à l’Université Lumière Lyon 2 devant un jury composé de :
- Madame Françoise Lartillot (Professeur à l’Université Paul Verlaine de Metz)
- Monsieur Joseph Jurt (Professeur à l’Université de Fribourg en Brisgau)
- Monsieur Jacques Poumet (Professeur émérite à l’Université Lumière Lyon 2)
- Monsieur Ralf Zschachlitz (Professeur à l’Université Lumière Lyon 2)

Après un tour d’horizon de l’état de la recherche sur la « querelle littéraire interallemande » des années 1990, notre travail privilégie l’hypothèse esthético-programmatique afin d’expliquer le déclenchement et la virulence des débats. Celle-ci est à nos yeux étayée par la présence aux côtés des journalistes polémistes d’auteurs – tels que Wolf Biermann, Jürgen Fuchs, Sarah Kirsch, Günter Kunert, Reiner Kunze, Erich Loest et Hans Joachim Schädlich – dont la particularité est d’avoir émigré de RDA en RFA après 1976. L’application au contexte des années 1990 de la théorie des champs de Pierre Bourdieu permet ensuite de confirmer que, par le biais de la « querelle », on élabore la « problématique légitime » qui va présider à la répartition de capital entre les auteurs au sein du champ littéraire réunifié. Ainsi, les polémistes cherchent à obtenir une radicalisation de la logique spécifique de leur champ jusqu’ici fortement imprégnée de questionnements d’ordre politique. C’est pourquoi nous voyons dans les discussions un conflit entre écrivains hétéronomes (soumis à une influence extérieure) et écrivains autonomes (accordant le primat à leur projet artistique). Or dans ce cadre, la spécificité du discours des auteurs émigrés de RDA, en particulier face à celui des chroniqueurs du « Feuilleton », ne fait pas de doute. Sur cette base, nous concluons à l’émergence d’une position différentielle au sein du champ littéraire désignée par le terme de « seconde dissidence ».
La deuxième partie de notre étude remonte aux origines de la constitution de ce groupe d’ « autonomes ». Il s’avère que la position à l’entre-deux qu’occupe la famille des émigrés (« Übergesiedelte ») dont ils sont issus constitue sans conteste un facteur de différenciation face aux autres groupes d’auteurs présents au même moment en RFA et RDA. L’examen des décennies précédentes révèle en outre que des prises de position annonciatrices de celles du « tournant » ont eu lieu de la part de ces personnalités dès les années 1980.
La seconde moitié de notre travail est consacrée aux disputes qui ont opposé d’un côté Wolf Biermann à Sascha Anderson, convaincu d’avoir collaboré avec la Stasi, et de l’autre Hans Joachim Schädlich à Günter Grass, qui s’est emparé du personnage créé par son collègue en 1986 pour le faire revivre sous l’identité de l’espion Hoftaller. Outre la reconstruction de la polémique sous l’angle du clivage autonome/hétéronome, nous abordons de manière intertextuelle les œuvres des auteurs qui s’affrontent, en nous interrogeant sur ce qui a pu nourrir la controverse, mais également sur la nature de l’ « autonomie » qui s’y exprime. Sont ainsi analysés les textes Deutschland. Ein Wintermärchen de W. Biermann, Totenreklame de S. Anderson, Tallhover de H. J. Schädlich et Ein weites Feld de G. Grass.