Cyril BUFFET, L’Allemagne entre l’Est et l’Ouest

Titre de l’habilitation :
L’Allemagne entre l’Est et l’Ouest. Contributions à l’histoire internationale, urbaine et culturelle du XXe siècle.
La soutenance a eu lieu : à l’université de la Sorbonne- Paris 3, le 21 novembre 2009

Les membres du jury étaient :
Professeur Jean-Paul Cahn (Président du jury), Université de Paris IV-Sorbonne
Professeur Hélène Miard-Delacroix, Université Paris IV-Sorbonne
Professeur Béatrice Fleury-Vilatte, Université de Nancy 2
Professeur Horst Möller, Université et Munich et directeur de Institut für Zeitgeschichte,
Professeur Alain Lattard (directeur d’habilitation), université de Paris III-Sorbonne Nouvelle

Dans son exposé liminaire, Cyril Buffet a retracé son parcours de recherche qui a été en grande partie déterminé par sa rencontre personnelle avec le Berlin de la guerre froide. Ses travaux s’articulent selon trois axes principaux : les relations franco-allemandes dans le contexte du conflit Est-Ouest ; la position spécifique de Berlin en Allemagne et en Europe ; l’impact de la culture sur le développement berlinois et la place du cinéma en RDA.
Fondées sur le dépouillement des archives diplomatiques françaises, ouest-allemandes et britanniques et s’appuyant sur la méthodologie développée par Jean-Baptiste Duroselle, les études de C.B. ont porté sur la politique allemande de la France sous la IVème République et par le général de Gaulle, en en identifiant les constantes, les structures, les contingences, les évolutions et les ruptures. Ses analyses des crises de Berlin ont, d’une part, souligné les interactions entre les niveaux locaux, régionaux et internationaux, et, d’autre part, leurs dimensions politiques, stratégiques, géographiques, idéologiques, culturelles, urbanistiques. Il s’agit d’ailleurs d’une démarche largement pratiquée à la fois par les historiens des relations internationales et par les civilisationnistes germanistes.
Concernant Berlin, C. B. s’est attaché, à la suite de Pierre-Paul Sagave, à appréhender la ville dans sa multiplicité et sa complexité, comme sismographe des relations internationales d’après-guerre, comme microcosme de la guerre froide, comme laboratoire de la modernité, comme champ d’expérimentation des transferts culturels, comme foyer de production artistique, comme centre de gestion des mémoires allemandes contemporaines.
C. B. a abordé la recherche en civilisation allemande en tant qu’historien désireux de contribuer à la compréhension mutuelle et à la communication entre les deux pays, aussi bien auprès des milieux décisionnels que parmi les opinions publiques (comme en témoignent ses travaux de vulgarisation dans l’édition, la télévision, sur la Toile et dans les musées). Ses travaux s’inscrivent dans une perspective transdisciplinaire, comparatiste et transnationale, en s’intéressant notamment aux phénomènes de représentation, à travers les mythes (Munich, Rapallo, Berlin), la perception de l’Allemagne par le général de Gaulle ou de Willy Brandt par les diplomates français, la représentation iconographique et cinématographique du mur de Berlin à l’Est et à l’Ouest.
Son ouvrage original Défunte DEFA comble un vide de la recherche historiographique française, dans la mesure où le cinéma est-allemand était méconnu en France et aussi en Allemagne occidentale où l’intérêt s’est surtout concentré sur quelques films interdits. Il vise à tracer des pistes de recherche et à inciter d’autres chercheurs à investir ce territoire qui permet de pénétrer les sphères politique, sociale, culturelle de la RDA. À travers une large sélection de films de fiction examinés selon la méthodologie appliquée par Marc Ferro, il décrit et analyse l’ensemble de la production est-allemande, afin d’en souligner la diversité des thématiques, les modes de production, tout en étudiant le fonctionnement d’un grand studio et les rapports que les artistes de cinéma entretenaient avec le pouvoir politique. S’inscrivant dans une perspective transnationale, il met également en valeur des phénomènes de transfert culturel, en ce sens que la DEFA a été, même à l’ombre du « rempart antifasciste », sensible aux influences extérieures, aussi bien venant de l’Est que de l’Ouest. C. B. démontre la complexité du régime est-allemand, propose une appréhension différenciée des phénomènes culturels dans une « société de surveillance » et applique au champ cinématographique le concept, forgé par Christoph Klessmann, « d’imbrication dans la démarcation » destiné à caractériser les relations particulières entretenus entre la RDA et la RFA. Enfin, l’étude de la DEFA permet, d’une part, de soulever le problème de la transmission des connaissances sur la RDA, d’autre part, de s’interroger sur la constitution d’une mémoire commune dans l’Allemagne unie, à partir de deux mémoires à la fois parallèles et entrecroisées.
C. B. a enfin présenté ses projets de recherche qui prolongent l’étude sur la DEFA, en l’élargissant à d’autres cinématographies et en la focalisant sur la thématique de la guerre froide. Il a déjà entrepris une étude des films est-allemands produits entre 1961 et 1967 pour cautionner la construction du mur de Berlin. Il a dirigé un numéro spécial de la revue anglaise à comité de lecture Cold War History consacrée aux films générés par le conflit Est-Ouest. Adoptant une démarche comparatiste et transversale, il se propose de confronter les films de la DEFA aux productions occidentales traitant du mur. Après avoir dirigé un numéro de la revue française CinémAction sur ce thème, il envisage la rédaction d’une synthèse sur le cinéma de guerre froide.