Adelheid KOCH-DIDIER : De la « Modernité viennoise » au « Groupe de Vienne »

Adelheid KOCH-DIDIER
De la « Modernité viennoise » au « Groupe de Vienne » :
Écritures avant-gardistes, historiques et contemporaines, romanesques et expérimentales

HDR soutenue le lundi 29 novembre à l’Université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (Centre Universitaire d’Asnières) devant un jury composé de Madame et Messieurs les Professeurs :

André Combes, Université de Toulouse 2 – Le Mirail
Jacques Lajarrige, Université de Paris 3 (directeur des travaux)
Françoise Lartillot, Université de Metz (rapporteur)
Jürgen Ritte, Université de Paris 3 (président du jury)
Werner Wögerbauer, Université de Nantes (rapporteur)

Composition du dossier
Le dossier d’habilitation se compose essentiellement de quatre volets : une nouvelle recherche, consacrée à l’avant-garde historique et l’écriture romanesque, plus précisément à Hugo Ball, Carl Einstein et Walter Serner, sous le titre emprunté à Carl Einstein « Je propose que l’on abandonne provisoirement la dénomination de roman » (339 p.) ; un document de synthèse intitulé « De la ‘Modernité viennoise’ au ‘Groupe de Vienne’ : Écritures avant-gardistes, historiques et contemporaines, romanesques et expérimentales » (126 p.). La troisième partie, dotée du même titre que le document de synthèse et le dossier tout entier, est un recueil d’articles (420 p.). La quatrième section, enfin, est constituée par une dizaine de livres sur et de Raoul Hausmann, regroupés sous le titre principal de ma thèse de doctorat « ‘Je suis toutefois le plus grand expérimentateur d’Autriche ». Il s’agit surtout de trois types de publications : trois publications personnelles (ouvrages d’auteur), deux ouvrages de codirections universitaires, six éditions de textes inédits à partir du fonds conservé au Musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart, une en français et cinq en allemand. Vient s’ajouter une brochure d’exposition.

Ouvrage principal
Ce sont Carl Einstein, Hugo Ball et Walter Serner qui se trouvent au cœur de mon travail d’habilitation proprement dit. Plus précisément, je propose une lecture comparatiste de Bebuquin oder Die Dilettanten des Wunders (Bébuquin ou les dilettantes du miracle, 1906-1907/1912), premier roman d’Einstein, de Tenderenda der Phantast (Tenderenda le fantasque, 1914-1920/1967), second roman de Ball, et de Die Tigerin. Eine absonderliche Liebesgeschichte (La tigresse. Une singulière histoire d’amour, 1921/1925), l’unique roman de Serner. Destinée tout d’abord à remédier au manque ou retard d’intérêt, de reconnaissance et de notoriété de ces trois écrivains et de leurs romans, mon étude fut guidée ensuite par un objectif majeur : m’interroger sur la place spécifique qu’Einstein, Ball et Serner accordaient au roman, si dévalorisé, voire méprisé, à leur époque, au sein ou au-delà de leurs productions expressionnistes ou dadaïstes, et par là même, contribuer modestement à une description, voire à une théorie du roman avant-gardiste, L’analyse des points communs et divergents entre Bebuquin, Tenderenda et Die Tigerin cherchait à vrai dire à relever le défi de cerner de plus près le concept de « roman avant-gardiste », souvent réduit à l’idée d’« antiroman », que j’ai fortement mis en cause.
Dans son ensemble, ma nouvelle recherche comporte trois grands chapitres : des aperçus fouillés sur la recherche, aussi bien sur les auteurs que sur les romans sélectionnés, une présentation de l’avant-garde face à l’écriture romanesque, y compris et a fortiori les positions esthétiques d’Einstein, de Ball et de Serner, de même que des « lectures croisées », qui s’articulent comme un va-et-vient intertextuel entre Bebuquin, Tenderenda et Die Tigerin, selon des critères méthodologiques bien définis, empruntés en gros à la théorie de l’archi-textualité et aux approches récentes en narratologie. Chaque partie est suivie d’un bilan ou d’une synthèse, le tout d’une conclusion et d’une mise en perspective.
En extrapolant, on peut souligner que ce sont des romans foncièrement « modernes », puisque la négation est la catégorie centrale de la modernité et des trois textes du corpus, Ce sont tout autant des romans avant-gardistes au sens propre du terme, pionniers et modèles dans l’histoire du genre, qui annoncent la fin de la fiction et de la narration traditionnelles telle qu’elle s’achève dans le Nouveau Roman et dans la prose expérimentale de langue allemande dès la fin des années cinquante et jusque dans les années 1970.

Travaux antérieurs
Ils se reflètent d’une part dans mon recueil d’articles qui regroupe une quinzaine d’études organisées autour d’Arthur Schnitzler d’un côté, de Raoul Hausmann de l’autre, de même qu’une petite section intercalée comprenant un article sur Peter Handke ; d’autre part, ils se présentent sous forme de livres et éditions que j’ai déjà mentionnés brièvement à la fin de la composition de mon dossier.
Dans le sillage de mon mémoire de fin d’étude, non publié, trois articles sur Arthur Schnitzler ont vu le jour. L’un explore les liens que l’on peut déceler entre son œuvre et celle de Guy de Maupassant, les deux autres étudient ses romans, notamment Therese, et s’attachent à déterminer leur place dans l’univers schnitzlerien.
Les études sur Hausmann, quant à elles, en amont et en aval de ma thèse de doctorat, sont beaucoup plus variées thématiquement et embrassent la quasi-totalité des domaines auxquels le « dadasophe » a touché, avec une forte concentration, bien évidemment, sur ses écrits, littéraires et théoriques. Les thématiques clés de ces articles concernent, entre autres, l’expérimentation artistique, le concept de l’optophonétique, l’écriture romanesque, l’exil, la mise en résonance des démarches poétiques de Hausmann avec les pratiques de l’avant-garde autrichienne contemporaine, notamment avec Ernst Jandl, l’exploration du fonds français, conservé au Musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart (Haute-Vienne).
C’est sur ces archives que j’ai eu la chance de fournir un travail approfondi, pour ne pas dire de pionnier. Grâce à un projet quinquennal, financé par Fonds Autrichien de la Recherche Scientifique, j’ai pu en effet procéder à un classement scientifique de la partie littéraire, au sens large du terme, de la succession de l’artiste, à l’élaboration d’un inventaire raisonné de ses écrits et à la rédaction du premier cahier Hausmann qui accompagne ce répertoire. Si aujourd’hui, l’ensemble du fonds est accessible aux chercheurs internationaux, c’est en grande partie dû à mon projet de recherche, mené sur place, avec le concours de plusieurs collaborateurs et de toute l’équipe du Musée.