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CfP Germanica 64/2019: Formes poétiques du XXIe siècle

Formes poétiques du XXIe siècle

Appel à contribution

Ce numéro de la revue Germanica s’intéressera aux productions littéraires les plus récentes dans le domaine de la poésie de langue allemande. En effet, si la recherche académique s’est beaucoup intéressée au roman contemporain ou au théâtre, la forme poétique contemporaine ne semble pas être au centre des études universitaires[1]. En cela, la recherche reflète la situation marginale qu’occupe la poésie dans le champ littéraire, le marché éditorial valorisant depuis longtemps la forme romanesque.

Or, la poésie est régulièrement évoquée et mise en avant dans les pages littéraires des journaux. Le dernier événement en date, largement commenté, fut l’attribution du prix Büchner 2017 à Jan Wagner qui, en 2015, avait déjà été le premier poète lauréat du prix du Salon du livre de Leipzig. À cette époque, Roman Bucheli annonçait sous le titre « Les poètes arrivent » un intérêt croissant du public pour la poésie et une nouvelle vague poétique. En 2016, Die Zeit proclame un nouveau « miracle poétique », en allusion au Fräuleinwunder, à l’occasion de la nomination d’un recueil de Marion Poschmann parmi les finalistes du Prix du salon du livre de Leipzig[2]. Plus récemment, Felix Philipp Ingold réclamait « Des poèmes pour tous ! », mettant en avant leurs avantages pour notre mode de vie rapide – un poème est une œuvre d’art à part entière qui se lit en peu de temps et partout – alors que Michael Braun s’invite à une rencontre de poètes pour réfléchir aux nouveaux modes d’écriture[3]. La liste n’est pas exhaustive et témoigne non seulement de l’intérêt des journalistes pour la poésie et sa « cause », mais également de l’ampleur de la production poétique, alors qu’elle ne représente que 1% du marché du livre[4].

Si le paysage de la poésie contemporaine de langue allemande peut paraître aux yeux des uns comme « hétéroclite » et « embrouillé »[5], alors que d’autres saluent, au contraire, l’« hétérogénéité réjouissante des écritures »[6], il faudrait y regarder de plus près pour tenter d’en établir une cartographie, de dessiner des lignes de fuites, d’interroger les modes d’écriture et esquisser la façon dont la poésie contemporaine se saisit du monde. L’hétérogénéité des écritures s’accompagne d’une grande variété formelle et d’une coexistence des traditions : quels sont alors les modèles auxquels les poètes se réfèrent, avec ou contre lesquels ils écrivent, entre avant-gardes, modernité et retour aux formes anciennes, jusqu’aux formes bibliques[7] ? La poésie appréhende le monde à sa façon, de manière condensée, en y associant des rythmes, des sons, des mélodies, avec un usage particulier de la langue.  Ce langage poétique est-il encore un objet de réflexion ?  Quels sont les thèmes dont la poésie se préoccupe ? Traite-t-elle de sujets de société qui font notre actualité[8], d’objets et de situations du quotidien ? Continue-t-elle à donner une place importante à la nature, comme ce fut le constat il y a une dizaine d’années ?[9] S’intéresse-t-elle à l’histoire, à la mémoire, et de quel temps collectif tente-t-elle (ou non) d’être contemporaine ?

En 2016, Jan Wagner résumait ainsi l’espace du poème : « Quelques centimètres carrés de papier blanc, imprimé d’une poignée de mots – il n’en faut pas plus pour franchir les plus grandes distances temporelles et spatiales […]. » Un poème, c’est selon lui « la plus grande liberté possible sur l’espace le plus restreint »[10]. Comment les poètes d’aujourd’hui, jeunes ou confirmés, de différentes générations, utilisent-ils cet espace de liberté qu’est le poème ? L’objectif du dossier est de croiser des voix encore peu connues ou confidentielles, ou d’autres qui ont une plus grande présence médiatique. À ce titre, la liste suivante d’auteurs dont on note la présence dans le champ est forcément  incomplète et aucunement limitative : Nico Bleutge, Nora Bossong,  Anne Cotten, Nora Gomringer, Nadja Küchenmeister, Steffen Popp, Marion Poschmann,  Monika Rinck, Hendrik Rost, Silke Scheuermann, Sabine Scho, Tom Schulz, Ulf Stolterfoht, Julia Trompeter, Jan Wagner, Ron Winkler, Uljana Wolf, etc. Il s’agira également de s’interroger sur l’évolution des désormais « classiques » de la poésie contemporaine : Ulrike Draesner, Kurt Drawert, Durs Grünbein, Elke Erb, Uwe Kolbe, Lutz Seiler et d’autres. Pour certains des auteurs mentionnés, on pourra aussi s’intéresser au rapport entre poésie et prose dans leur œuvre.

Un autre champ d’investigation peut être constitué par les modes de publication et de diffusion de la poésie contemporaine, entre maisons d’édition traditionnelles, petites maisons récemment créées et sites internet (comme https://www.lyrikline.org/de ; http://lyrikdergegenwart.de/ ; http://www.planetlyrik.de). Quelles sont les nouvelles formes de diffusion, en dehors du livre, qui valorisent la poésie ? Faut-il sortir le poème du recueil et le considérer davantage comme un tableau, une œuvre d’art, comme le suggère Thomas Böhm[11] ? Quels sont les espaces où les poètes émergent, se font connaître, par qui sont-ils/elles soutenu(e)s (open mike, poetry slam, Literaturwerkstatt Berlin/Haus für Poesie, etc.) ? Par ailleurs, quel est le rôle des anthologies, au nombre non négligeable (voir une liste sur http://lyrikdergegenwart.de/anthologien/) qui réunissent les poèmes d’auteurs différents en un seul espace. Comme le rappelle l’éditeur d’une récente anthologie de poésie française, « les poètes, ces insularités, ne font sens ensemble, en archipel »[12]. L’anthologie est-elle un simple espace de survie de la poésie contemporaine, ou au contraire, l’espace d’un projet commun, collectif ?

Les contributions pour ce numéro de Germanica peuvent porter sur un ou plusieurs poètes et/ou œuvres, ou interroger les questionnements plus généraux qui viennent d’être évoqués. On peut également imaginer des entretiens avec des auteurs.

Les propositions de contribution en allemand ou en français (max. 1 page) accompagnées d’une notice bio-bibliographique sont à envoyer à Carola Hähnel-Mesnard pour le 31 mars 2018 (carola.hahnel-mesnard[at]univ-lille3.fr).

La publication du numéro est prévue pour juin 2019 et les manuscrits devront parvenir à la rédaction au plus tard le 15 janvier 2019.

[1] Toutefois, la maison d’édition Fischer annonce pour le printemps 2018 la sortie d’un livre de Christian Metz, Poetisch denken. Die Lyrik der Gegenwart (Fischer, März 2018). Si Text + Kritik consacre régulièrement des numéros à des poètes, le dernier numéro dédié plus généralement à la « Junge Lyrik » date de 2006. Le chapitre le plus complet se trouve actuellement dans Leonhard Herrmann/Silke Horstkotte, Gegenwartsliteratur. Eine Einführung, Stuttgart, Metzler, 2016, chap. 11, p. 177-196.

[2] Roman Bucheli, « Neuere Lyrik. Die Dichter kommen », NZZ, 29.7.2015 ; Gregor Dotzauer, « Das neue deutsche Lyrikwunder », Die Zeit, 16.3.2016.

[3] Felix Philipp Ingold, « Lyrik lesen. Gedichte für alle », NZZ, 18.5.2017 ; Michael Braun, « Also werden Seelen und Silben gezählt », NZZ, 15.8.2017.

[4] Susanne Mayer, « Dieses herrlichste Nichts. Wieder ist Lyrik für den Leipziger Buchpreis nominiert! Was geht ab?  », Die Zeit, 25.2.2016.

[5] « uneinheitlich », « unübersichtlich ». Cf. Hermann Korte, Geschichte der deutschen Lyrik von 1945 bis heute, Stuttgart, Reclam, 2012, p. 91.

[6] Carola Opitz-Wiemers, Michael Opitz, « Zwischen „Transit-Poesie“ und „Erlebnisdichtung“? », in: Wolfgang Beutin et al., Deutsche Literaturgeschichte von den Anfängen bis zur Gegenwart, Achte, aktualisierte und erweiterte Auflage, Stuttgart, Weimar, Metzler, 2013, p. 695.

[7] Voir Uwe Kolbe, Psalmen (Fischer, 2017).

[8] Voir à ce sujet Kurt Drawert (Der Körper meiner Zeit, C.H. Beck, 2016) et Durs Grünbein (Zündkerzen, Suhrkamp, 2017). Qu’en est-il d’autres générations d’auteurs ?

[9] Voir les contributions du numéro « Junge Lyrik » de Text + Kritik, n°171/2006.

[10] « Ein paar Quadratzentimeter weißes Papier, bedruckt mit einer Handvoll Wörter – mehr braucht es nicht, um größte zeitliche wie räumliche Distanzen zu überwinden […] », et «  […] und wird so zur größtmöglichen Freiheit auf engstem Raum. » Jan Wagner, « Statement », in Text + Kritik (Jan Wagner), n° 210/2016, p. 5.

[11] Thomas Böhm, « Reißt die Seiten aus den Büchern! », Die Zeit, 10.7.2015.

[12] Cf. Poésie naissante – une anthologie contemporaine inédite, textes rassemblés par Mathieu Hilfiger, Vincennes, Le Bateau fantôme, 2017.

CfP Germanica n° 64_français

CfP Germanica n° 64 – deutsch

 

Germanica n° 61/2017 – Le conte comme esthétique et stratégie du détour dans la littérature et le cinéma (dir. A. Lerousseau)

Le numéro 61/2017 de la revue Germanica sera disponible début janvier. Voici le sommaire:

Le conte comme esthétique et stratégie du détour dans la littérature et le cinéma

Introduction :  Andrée Lerousseau

Patrick Bergeron

L’inimaginable délice de mourir. Hofmannsthal, Hesse et le conte merveilleux

Andrée Lerousseau

« Jean le Chanceux patauge dans le sang » – « Figures renversées » du conte dans Le Nazi et le Barbier d’Edgar Hilsenrath

Gauthier Labarthe

La régression comme double stratégie du détour et du retour dans Kali, eine Vorwintergeschichte de Peter Handke

Emmanuelle Aurenche-Beau

Wie ich mir das Glück vorstelle de Martin Kordic et l’esthétique du conte

Tamara Eble

Deux contes du théâtre d’ombres : À propos du Montreur d’ombres d’Arthur Robison (1923)

Jeremy Hamers et Lison Jousten  

« Je n’ai jamais eu aucun lien réel avec le romantisme allemand » (W. Herzog). Notes sur Les nains aussi ont commencé petits

Maguelone Loublier

« L’ombre d’une corne de taureau » ou le conte de L’enfant obstiné chez Alexander Kluge

Comptes rendus de lecture

Actualité littéraire : Lukas Bärfuss – Gertrud Leutenegger – Doron Rabinovici

(Re)Lectures : Eine erhellende Engführung von Leben und Werk. Irene Heidelberger-Leonards poetologische Kertész-Biographie (Hans Höller)

 Résumés

Vous trouverez en PJ le bulletin de commande. PUB-ABT-2017

 

 

 

Thomas Mann au tournant du siècle (Germanica n° 60/2017)

Dans le cadre de la préparation à l’agrégation d’allemand 2018, la revue Germanica a rassemblé des contributions de chercheurs allemands, belges, français, italiens et suisses en lien étroit avec le sujet au programme.

Thomas Mann au tournant du siècle

Textes réunis par Martine Benoit et Carola Hähnel-Mesnard

Bénédicte Terrisse
Au seuil de l’œuvre. Remarques liminaires sur quelques manières de lire ensemble les Frühe Erzählungen

Sylvie Grimm Hamen
Le baromètre de l’âme : émotions et couleurs du temps dans l’œuvre de jeunesse de Thomas Mann (1893-1912)

Benjamin Biebuyck
Ironice verheiratet? Thomas Manns frühe Novelle Der Wille zum Glück als eine narrative Konkretisierung von Nietzsches Zur Genealogie der Moral

Joëlle Stoupy
Réflexions esthétiques dans les récits de Thomas Mann Gladius Dei (1902) et Beim Propheten (1904)

Julian Reidy
Parfümierter Qualm, Magennerven und brotfarbene Bärte: Strategien der Komisierung in Thomas Manns Frühwerk am Beispiel der Wagner-Reminiszenzen

Frédéric Weinmann
„Daß man gestorben sein muß, um ganz ein Schaffender zu sein.“ Der Tod in Thomas Manns frühen Erzählungen

Karl Heinz Götze
Der beschädigte Eros. Liebe, Erotik und Sexualität in den frühen Erzählungen Thomas Manns

Maurice Godé
Figures du féminin dans les récits de Thomas Mann jusqu’en 1912

Eric Leroy du Cardonnoy
Réflexions sur quelques formes de l’altérité dans les nouvelles de jeunesse de Thomas Mann

Jacques Darmaun
Thomas Manns Polemik mit Theodor Lessing

Elena Alessiato
Dilettantentum als Kunst: der Fall Thomas Mann

Vous trouverez le bon de commande en suivant ce lien:
Germanica_60-2017