Anne-Sophie GOMEZ, L’Écriture de l’espace dans l’œuvre de Thomas Bernhard et de Paul Nizon. Essai de poétique comparée

Thèse soutenue le 20 juin 2007 devant un jury composé de :

- Monsieur Rémy Colombat, Professeur à l’Université de Paris Sorbonne-Paris IV
- Madame Françoise Lartillot, Professeur à l’Université Paul Verlaine de Metz
- Madame Nicole Pelletier, Professeur à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux III
- Monsieur Jean-Jacques Pollet, Professeur à l’Université d’Artois
- Monsieur Jean-Marie Valentin, Professeur émérite, Université de Paris Sorbonne-Paris IV

Résumé :

Bien qu’inédit et à première vue susceptible de surprendre, le rapprochement des œuvres de Thomas Bernhard et de Paul Nizon était à nos yeux fécond. Loin d’avoir eu pour objectif la simple mise au jour d’analogies et d’inévitables différences, il a bien plutôt constitué un moyen d’interroger, sous un angle au premier chef poético-esthétique, l’articulation de l’espace à la langue et à l’écriture. Une fois surmontés les écueils liés au déséquilibre bibliographique inhérent à notre corpus, ce travail s’est donc proposé de mettre en exergue la présence textuelle – thématique mais aussi et surtout stylistique – de l’espace, notamment à travers l’étude de motifs tels que l’étroitesse ou la claustration. Ainsi cette thèse s’entendait-elle avant tout comme un travail centré sur l’écriture et visant, par le biais d’un examen micrologique, à cerner les retentissements « verbaux » du rapport à l’espace, à l’instar de la non-congruence sémantique, de la tautologie ou du psittacisme.

Ce travail fut tout d’abord pour nous l’occasion d’expliciter les rouages d’une esthétique déceptive pareillement partagée par les deux auteurs et articulée autour des notions de discordance et de Fehlentsprechen. Les résultats obtenus au fil de l’étude tant syntaxique que lexicale des deux œuvres nous ont d’autre part conduit à conclure que l’espace se trouve, chez Nizon comme chez Bernhard, régi par un paradigme non plus pictural mais, pour ainsi dire, « scriptural », ménageant à la langue une place cardinale.

Pareil constat n’a par conséquent que confirmé à nos yeux les carences caractérisant les études uniquement centrées sur la satire sociale d’une part (Bernhard), sur l’autofiction et sur la quête existentielle de soi à travers l’écriture d’autre part (Nizon), justifiant par là l’intérêt d’une approche stylistique et comparée permettant de mettre en exergue des convergences esthétiques selon nous essentielles.

Nous espérions enfin, grâce à une lecture philologique de l’œuvre bernhardienne – dont nous souhaitions qu’elle rompe avec l’horizon analytique de la plupart des récentes publications – ouvrir la voie à une prise en compte élargie du corpus nizonien ainsi qu’à une appréhension renouvelée et fondamentalement « verbale » de la notion d’espace.