15 NOVEMBRE 2010 – Poétiques scientifiques dans les revues européennes, Mulhouse, 16-18 juin 2011

Colloque international : Poétiques scientifiques dans les revues européennes de la modernité, des années 1900 à 1940
16-18 juin 2011
Campus de l’Université de Haute-Alsace (Mulhouse)
Appel à communications téléchargeable à l’adresse
http://www.ille.uha.fr/colloques-se…

Le phénomène des avant-gardes se présente comme un territoire vaste, multiforme et qui se prête mal à une œuvre de cartographie classique. Si le canon littéraire cherche à identifier dans l’histoire littéraire les « grandes » œuvres, les « grandes » figures et les lieux « emblématiques », la poétique de la modernité tend au contraire à remettre en cause les symboles acquis de la « grandeur » par sa « superstition du nouveau » et sa « passion du reniement », comme l’écrit Antoine Compagnon dans les Cinq paradoxes de la modernité. Ainsi, ce qui est communément considéré comme petit et marginal est remis au centre de l’attention, son sens réévalué et réinterprété selon les instances de l’homme nouveau, qui naît à chaque nouvelle époque. Il s’agit donc pour le critique d’abandonner l’attitude téléologique consistant à dire que les noms que l’histoire a retenus étaient de toute façon promis à la postérité, et de prêter attention à la conjonction de coïncidences, d’ambitions artistiques et de nécessités matérielles qui ont construit le canon que nous connaissons plutôt qu’un autre. Pour cette raison, les revues littéraires et artistiques des premières décennies du XXe siècle sont au cœur de l’historiographie des avant-gardes du monde entier.

Le colloque Poétiques scientifiques dans les revues européennes de la modernité, des années 1900 à 1940 se propose de mener une réflexion en perspective européenne autour des revues qui étaient « marginales » à l’époque où elles ont été publiées, en adoptant une thématique fédératrice : les discours scientifiques et/ou parascientifiques. Grâce à la collaboration du centre de recherche ILLE (Institut de recherche en langues et littératures européennes, EA 3437, dir. Peter Schnyder), du groupe de recherche INTERMAG (dir. Benoît Tadié, Hélène Aji et Anne-Rachel Hermetet) et du groupe de travail interuniversitaire et international OUdM – Ouvroir de la Modernité, d’importants savoir-faire autour des revues et de l’approche européenne à la littérature sont mis conjointement au service d’une thématique qui intéresse toujours plus le discours littéraire. Existait-il un dialogue entre les découvertes de la médecine et de la physique et le monde des artistes d’avant-garde ? Quelles revues répondaient aux nouvelles sollicitations de la science et de la technique ? Pourquoi ? Pour libérer les arts d’un passé trop lourd, ou pour mieux définir la frontière d’un mouvement artistique précis, à l’image d’une communauté scientifique ? Pour donner aux arts l’aura de véracité des sciences ? Est-ce que les jeunes représentants de la modernité du début du XXe siècle étaient influencés par les progrès de la technologie et des sciences humaines (ethnologie, anthropologie, psychiatrie, etc.) ? Quel était le degré de distorsion avec lequel écrivains et artistes accueillaient le bruissement qui provenait de la sphère scientifique du savoir ? La poétique et l’esthétique s’en ressentaient-elles ?

Au sein des revues littéraires des premières décennies du XXe siècle, la science donne un nouveau souffle à la création : c’est le rêve poundien du poème-vortex et son équivalent graphique chez Wyndham Lewis, l’alchimie revisitée par les surréalistes, ou encore le mysticisme pseudo-scientifique de D.H. Lawrence. Les écrivains et artistes reprennent et réinterprètent des instances scientifiques, en les détournant de leur sens originaire, à des fins esthétiques et poétiques. « Puis vinrent les grands ambassadeurs du sentiment », se moque Tristan Tzara, « qui s’écrièrent historiquement en chœur : Psychologie psychologie hihi. Science Science Science. Vive la France ». Et Louis Aragon d’affirmer : « Je crois aux miracles, aux occasions, aux sciences occultes, à la Science, au savon, à la générosité du cœur, au dévouement social » : vision de la science qui se veut particulièrement anti-dogmatique. Le journaliste scientifique J.W.N. Sullivan, quant à lui, caractérise le moment Einstein de manière à la fois révélatrice et ambiguë : « L’univers qu’on était censé expliquer en termes de petites boules de billard et de loi du carré inverse est devenu un univers où même les mystiques, pour ne rien dire des poètes et des philosophes, ont le droit d’exister ».

Seront bienvenues les contributions de spécialistes de l’interaction entre sciences exactes, naturelles, appliquées ou complexes avec la littérature de toutes langues européennes, ainsi que de connaisseurs de revues européennes modernistes et d’avant-garde des années 1900 à 1940 se questionnant sur le rapport entre les sciences, en tant que discours visant à décrire le réel selon des procédures prédéfinies et sanctionnées par une communauté, et les arts.

Coordination :
Tania Collani (Tania.Collani@uha.fr) et Noëlle Cuny (Noelle.Cuny@uha.fr)
FLSH – ILLE, 10, rue des Frères Lumières, F – 68093 MULHOUSE Cedex, Tél. : +33 (0) 3.89.33.63.91 / 60.90 – Fax : (0) 3.89.33.63.99.
Site Internet : www.ille.uha.fr
Langues du colloque : français et anglais
Date-limite de remise des propositions avec résumé entre 300 et 500 mots : 15 novembre 2010

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