Vous êtes chaleureusement invité.e.s à la séance du séminaire “archives manquantes”, organisée le vendredi 2 février, de 14h à 16h30, par Sergio Coto-Rivel et Bénédicte Terrisse. Nous accueillerons au château du Tertre (en salle 104) Bénédicte Grailles, MCF en histoire à l’université d’Angers et archiviste, membre du laboratoire TEMOS, dans le cadre du séminaire “archives manquantes”, organisé par Jen-François Laplénie, Agathe Mareuge et Bénédicte Terrisse (collaboration UR REIGENN et UR CRINI), pour une conférence qui nous permettra de faire une pause méthodologique dans le parcours de ce séminaire sur les archives en études germaniques (littérature, danse, cinéma).
Vous pouvez suivre le séminaire également en ligne. Le lien zoom sera communiqué 48h avant la date, ici.
“Archives manquantes ou manque d’archives? Théories archivistiques post-modernes, gestes professionnels et logiques d’usage”.
“À partir des années 1970, la perception des archives et du rôle des archivistes change sous l’influence de la réception de Michel Foucault puis de Jacques Derrida en Amérique du Nord. S’opèrent progressivement deux transformations du regard sous l’influence de la French Theory : un premier déplacement, reconnaissable au passage du pluriel archives au singulier archive, érige la mise en archives comme un outil de véridiction historique, un instrument de la puissance publique déterminé à servir sa propre histoire, dépositaire de la vérité et condition d’accès à celle-ci ; un second, avec Derrida et Mal d’archive, une impression freudienne (1995), pose la question de la « violence archivale » et du pouvoir de l’archiviste dans la sélection des documents. Au regard de ces approches, les archives manquantes incarnent les traces de groupes minorisés ou minoritaires qui n’ont pas été sélectionnées par l’institution archivistique voire qui ont été détruites, ce qui légitime l’émergence de projets d’archivage militants et alternatifs ou Community archives.
À ces archives manquantes car abandonnées ou détruites par l’institution archivistique, d’autres archives ont été conservées mais sont invisibilisées par les gestes professionnels : par exemple, elles ne sont ni classées, ni décrites, ou décrites avec un vocabulaire inadapté ou mettant sous silence une partie de leur contenu : elles sont là mais on ne peut les trouver.
Les archives peuvent aussi être oubliées, toujours présentes mais peu accessibles. On peut faire le parallèle ici avec les mémoires souterraines telles que les a définies Mickael Pollack. Elles peuvent être sous le régime du silence. Mais ce silence ne veut pas dire qu’elles n’existent pas : elles sont là, souterraines, et peuvent, si les conditions changent, réapparaître.
Derrière l’expression « archives manquantes », se cache donc une multitude de situations : depuis les archives volontairement détruites pour des raisons politiques par exemple, les archives abandonnées et laissées en déshérence par leur producteur, les archives perdues du fait de sinistre ou d’un parcours incertain, jusqu’à des ensembles documentaires n’ayant pas accédé au statut d’archives définitives.”
