Colloque international
L’extrême droite et le temps: césures historiques et perceptions du passé en Allemagne, en France et en Europe occidentale depuis 1945 (Temporex)
Le colloque souhaite questionner le rapport qu’entretient l’extrême droite au temps, dans une perspective franco‑allemande et européenne. Il s’articule en deux volets : le premier questionne les périodisations possibles pour cette famille politique après 1945 et le second interroge le rapport idéologique et discursif au temps.
Dates:
Le colloque L’extrême droite et le temps se tiendra du 18 au 20 novembre 2026 à l’université Rennes 2. Délai pour la soumission des propositions : 30 avril 2026
Comité d’organisation:
Valérie Dubslaff, Université Rennes 2/Institut Universitaire de France
Marie Müller-Zetzsche, Moses Mendelssohn Zentrum für europäisch-jüdische Studien, Potsdam Dominik Rigoll, Leibniz-Zentrum für Zeithistorische Forschung, Potsdam
Zeithistorischer Arbeitskreis extreme Rechte (ZAER)
Argumentaire:
Le colloque souhaite questionner le rapport qu’entretient l’extrême droite au temps, autant en termes de périodisation que de perception du passé, dans une perspective franco‑allemande et européenne. Il s’articule en deux volets.
Le premier volet s’intéresse « au temps de l’extrême droite » et questionne les périodisations possibles pour cette famille politique après 1945. Les historien·ne·s et politistes allemand·es tendent par exemple à découper son histoire par décennies : ils identifient communément les années 1950 comme les années de la marginalité politique, les années 1960 comme des années de résurgence dans un contexte de crise économique et d’anti-modernisme culturel, les années 1970 comme des années de radicalisation des réseaux extrémistes, les années 1980 comme années d’expansion de la violence raciste et les années 1990 comme années de différenciation des nationalismes dans le contexte de l’unité allemande. Si cette périodisation « par tranches décennales » reflète bien les évolutions générales de l’extrême droite en République fédérale, on pourrait toutefois élaborer un découpage plus fin et précis. C’est la raison pour laquelle ce colloque mettra l’accent sur les moments-charnières (jours, mois ou années) qu’il s’agira de dégager et de justifier. Parmi ces « moments » souvent difficiles à circonscrire pourront figurer des césures, des faits et évènements marquants, des parutions d’ouvrage majeurs, la fondation d’organisations ou de partis ou des moments de concentration de l’activisme nationaliste, mais ils devront également répercuter les « temps morts » et les « traversées du désert », les périodes de retrait ou de reflux de l’extrême droite où son existence n’est que souterraine.
Le second volet du colloque interroge le rapport qu’entretient l’extrême droite au temps, sous un angle davantage idéologique et discursif. Il s’agit ici d’analyser les récits et narratifs mobilisés à différentes époques (de 1945 à nos jours) par les acteur·ices d’extrême droite sur le passé, le présent et les « futuribles », les futurs possibles. On s’intéressera d’abord à la manière qu’ont les acteur·ices de s’approprier et de narrer leur propre histoire qu’elle soit individuelle, partisane ou collective depuis les marges de l’ordre social et politique. Puis, on analysera le récit qu’ils font des histoires nationales et européennes, un récit qui se veut souvent « alternatif » et réducteur et qui se fonde sur des mythologies et des imaginaires (mythes, figures de référence, évènements historiques etc.) précis. Ces imaginaires sont au fondement de leur vision du monde ; ils structurent la mémoire partisane tout autant que leurs narratifs sur le passé (« grandiose »), le présent (« décadent ») et le futur (soit apocalyptique, soit utopique). Ces représentations sont structurées par des émotions et leur rejet, qui peuvent créer des liens au-delà des frontières, qu’il s’agisse de frontières physiques ou d’époques. De plus, le temps qui passe confronte l’extrême droite à un dilemme insurmontable : exaltant la permanence, l’immuabilité de l’ordre social et des traditions face à la menace du changement, elle sait aussi que sa survie dépend de l’adaptation de ses idées, structures et modes de mobilisation au présent. Ainsi, c’est bien le rapport ambigu à la modernité qui sera questionné.
La focale sera mise sur l’Allemagne, la France et l’Europe occidentale dans leurs ramifications globales, avec l’intention d’interroger les relations entre les différents pays et régions ainsi que les histoires connectées. Les extrêmes droites française, belge, suisse, autrichienne et allemande ont-elles par exemple des « moments », des dynamiques et des ruptures en commun ? Comment procéder à une comparaison nuancée de ces constellations politiques complexes après 1945 ? Si ces familles politiques très hétérogènes possèdent des singularités « nationales » indéniables (traditions idéologiques, héritages historiques, acteur·ices etc.), il est cependant possible d’identifier, pour la période après 1945, des effets de mimétisme et de convergences idéologiques et/ou activistes qui se sont cristallisés à travers des transferts d’idées ou des collaborations d’acteur·ices postfascistes dans l’espace franco-allemand. Ce colloque donnera l’occasion de les pister.
Ainsi, TEMPOREX vise à renouveler l’historiographie sur l’extrême droite européenne en analysant son histoire après 1945 ainsi que son discours sur le temps dans une perspective transnationale.
Le colloque commence le 18 novembre 2026 au soir par une table ronde destinée au grand public avec des expert·es historien·ne·s et politistes français·es et allemand·es.
Le soir du 19 novembre 2026 sera consacré aux archives : « Archiver l’extrême droite : temporalités, périodisations et mémoire ».
Nous invitons à soumettre des propositions de communications en français ou en anglais. Les communications pourront notamment s’articuler autour des questions suivantes :
- Quels sont les moments-charnières (événements, séquences courtes, césures symboliques ou organisationnelles) qui permettent de repenser la périodisation de l’extrême droite après 1945 au-delà des découpages décennaux classiques ?
- Comment écrire l’histoire de l’extrême droite au-delà des ruptures ? Peut-on appréhender l’histoire de l’extrême droite dans la longue durée ? Résonne-t-elle avec les césures de la « grande histoire » ? Dans quelle mesure les trajectoires temporelles des extrêmes droites française, allemande et plus largement européennes présentent-elles des synchronies, des décalages ou des ruptures communes ?
- Comment identifier, documenter et analyser les « temps morts », phases de retrait, de marginalisation ou de latence de l’extrême droite, et quel rôle jouent-ils dans sa recomposition ultérieure ?
- Les moments-charnières de l’histoire de l’extrême droite en tant que moments de bascule ou d’infléchissement : bien que moins visibles ou moins connus, ces moments-charnières n’en sont pas moins cruciaux, car ils permettent d’appréhender des temporalités, continuités et changements propres à l’extrême droite et de rendre tangibles des phases jusque-là ignorées. Il peut s’agir des faits et évènements marquants, des parutions d’ouvrage majeurs, de la fondation d’organisations ou de partis ou des moments de concentration de l’activisme nationaliste.
- Comment les acteur·ices d’extrême droite construisent-ils des récits sur leur propre passé (individuel, partisan, générationnel) et comment ces récits évoluent-ils au fil du temps ? Existe-t-il des lieux de mémoire et un récit transfrontalier des extrêmes droites franco-allemande ou européenne ?
- Quels mythes, figures, événements ou temporalités de référence structurent les imaginaires politiques et mémoriels, et comment ces références circulent-elles dans l’espace transnational ?
- Quels diagnostics contemporains et quelles perspectives d’avenir sont esquissés ? Comment les discours sur les futurs possibles (apocalyptiques ou utopiques) s’articulent-ils dans les stratégies de mobilisation ?
- Comment le mythe de la défaite fondatrice (« 1945 ») et la projection d’une revanche future structurent-ils durablement les cultures politiques et les horizons d’attente des extrêmes droites en France et en Allemagne ?
- En quoi le rapport au temps révèle-t-il le dilemme central de l’extrême droite entre exaltation de la permanence, de la tradition et de l’immuabilité, et la nécessité d’adaptation aux transformations sociales, politiques et technologiques contemporaines ?
Modalités de soumission
Les langues de travail du colloque seront l’anglais et le français. Les jeunes chercheur·euses (masterant·es, doctorant·es, post-docs) sont particulièrement invité·es à soumettre des propositions de communication.
Les propositions (2500 signes) accompagnées d’un CV (une page) sont à envoyer jusqu’au aux adresses suivantes : temporalities(at)zzf-potsdam.de, avant le 30 avril 2026.