Hommage à Nicole Pelletier, par Jean Mondot et Tristan Coignard

Nicole Pelletier est entrée très vite, c’est-à-dire très jeune dans la carrière de germaniste. Elle venait d’avoir 22 ans lorsqu’elle a été reçue première au concours de l’agrégation. Dès 1972, Nicole Pelletier fut recrutée comme assistante au sein de la section d’allemand de la Faculté des Lettres de l’Université de Bordeaux. Les goûts et les recherches la conduisirent vers la littérature et, plus particulièrement, vers la littérature moderne et contemporaine.

Sa thèse de doctorat dirigée par celui qui était alors le maitre des études littéraires en germanistique, Claude David, fut consacrée à Franz Kafka et Robert Walser. Cette Étude d’une relation littéraire fut soutenue en 1983. Nicole Pelletier poursuivit ses recherches dans le domaine, ce qui conduisit en 1996 à l’habilitation à diriger des recherches et à l’obtention du titre de professeure. Son HDR, qui eut pour garant Paul Gorceix, était intitulée : « À propos de Robert Walser : Contribution à l’étude du renouvellement de l’écriture dans la littérature de langue allemande au début du siècle ». Ses recherches conjuguent « approche narratologique et appréhension en termes d’histoire culturelle et d’histoire des idées ». Elles se caractérisent par la finesse des analyses, la clarté des énoncés et l’élégance du style.

Cette attention portée à l’écriture, Nicole Pelletier eut l’occasion de la mettre à l’épreuve dans ses cours et ses réflexions sur la traduction, exercice qui éclaire le texte, lui impose un déchiffrage approfondi permettant de susciter un texte presqu’équivalent dans la langue maternelle. On lui confia des cours de littérature du XXe et du XXIe siècle, mais aussi du XIXe siècle ; elle fit aussi un détour par l’histoire des idées, c’est ainsi qu’elle inscrivit par exemple Friedrich Nietzsche à son répertoire. Très investie dans la préparation au CAPES et à l’agrégation, y compris pour des interventions à l’Université Toulouse II-Le Mirail, elle fut requise pour la préparation de l’épreuve de littérature comparée de l’agrégation de Lettres modernes et pour le master professionnel de traduction littéraire à l’Université Bordeaux 3.

Nicole Pelletier fut une directrice scientifique appréciée et reconnue, qui a marqué celles et ceux ayant bénéficié de son encadrement pour des mémoires, des thèses et des habilitations à diriger des recherches. Il est essentiel de signaler aussi les responsabilités collectives importantes qu’elle a prises dans la recherche. Elle a notamment coordonné les travaux du CIRAMEC (Centre d’Information et de Recherche sur l’Allemagne Moderne et Contemporaine) entre 1994 et 2017, succédant à Gilbert Merlio. Directrice de collection (« Crises 20-21 ») aux Presses universitaires de Bordeaux, elle a assuré la codirection de CLARE (Cultures Littératures Arts Représentations Esthétiques) avec Danièle James-Raoul de 2011 à 2016, une équipe de recherche pluridisciplinaire regroupant près de 80 membres. Nicole Pelletier s’est imposée à la tête de cette structure à qui elle a su donner son identité et qu’elle a su faire prospérer.

L’investissement remarquable dans l’enseignement et la recherche est venu s’ajouter aux tâches collectives prenantes que Nicole Pelletier a accomplies au service de l’administration de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3. Codirectrice puis directrice de l’UFR d’Études Germaniques et Scandinaves pendant une quinzaine d’années (1991-2006), elle a en outre exercé des mandats électifs dans les différents conseils centraux de l’Université pendant près de vingt ans.

Si Nicole Pelletier a fait l’ensemble de sa carrière universitaire à Bordeaux 3 puis Bordeaux Montaigne, son travail n’en a pas moins eu un rayonnement dans tout le paysage universitaire français et au-delà. Elle fut unanimement reconnue pour son expertise scientifique lors de jurys, de thèse et d’habilitation, ou de comités de sélection. Elle a en outre participé activement aux travaux de l’Association Régionale des Diplômés des Universités d’Aquitaine, siégeant notamment au conseil d’administration.

À la diversité des missions accomplies, on mesure combien a été variée sa carrière d’enseignante et de chercheure, au moment où elle a pris sa retraite en 2017. Nicole Pelletier a été une universitaire dévouée à la cause commune, rigoureuse, sérieuse, à tous égards exemplaire, ce qui n’exclut ni le sens de l’humour ni celui de la convivialité. Nombreuses et nombreux sont les collègues et les étudiant-e-s d’hier et d’aujourd’hui, à Bordeaux et ailleurs, qui garderont de Nicole Pelletier un souvenir plein d’admiration et de reconnaissance pour ce qu’elle a réalisé et représenté.

 

Jean Mondot et Tristan Coignard