Le manuel scolaire ne cesse d’être étudié comme témoin de son époque en raison de sa mutation au sein d’institutions scolaires et d’un monde technologique évoluant en permanence (Wagnon 2019). Le champ de recherche sur les manuels scolaires (en allemand : Schulbuchanalyse, Schulbuchforschung), développé en France et en Allemagne dans la deuxième moitié du XXe siècle, en partie sous l’impulsion des politiques pour un rapprochement entre les peuples (Wiater 2003), a d’abord donné lieu à des études basées sur des corpus écrits, audio et audio-visuels homogènes. Par la suite, et grâce au soutien d’institutions de recherche spécialisées comme l’Association internationale de recherche sur les manuels scolaires et les médias éducatifs (IARTEM) et l’Institut Georg Eckert de Brunswick, les études théoriques et pratiques se sont progressivement diversifiées sur des pièces de corpus numériques multimodaux hétérogènes.
Considéré comme un politicum, un informatorium et un paedagogicum, le manuel scolaire s’inscrit toujours dans un contexte politique, pédagogique et didactique ainsi que socio-économique (Wiater, 2003), dans lequel il sélectionne, ordonne et génère les savoirs selon une hiérarchie propre à l’enseignement (Wagnon 2019). Tandis que les manuels d’histoire reflètent les liens qu’un pays entretient avec sa propre histoire en tant qu’« autobiographies nationales » (Jacobmeyer 1998), les manuels d’apprentissage de l’allemand ou du français langue étrangère montrent la perception des sociétés autres. La composition thématique, les illustrations et les usages linguistiques des manuels sont alors à envisager comme des vecteurs de valeurs interculturelles autant que disciplinaires, qui transmettent une narration sur les concepts d’identité et d’altérité. Le colloque a pour objectif de montrer la conscientisation des phénomènes culturels et linguistiques à travers le média « manuel scolaire », pour laquelle les notions d’interculturalité et d’empathie ethnoculturelle (Maine et Vrikki 2021 ; Rasoal, Eklund et Hansen 2011) offrent des pistes d’analyse intéressantes. Nous nous poserons la question suivante : Comment les manuels scolaires influencent-ils le rapport des apprenant·e·s à la culture de la langue cible et la prise en compte de l’Autre ?
Aujourd’hui, la recherche sur les manuels scolaires se développe dans les domaines de la civilisation, linguistique et la littérature, mais les études systématiques restent pour la plupart cloisonnées à un seul champ disciplinaire, en parallèle de la didactique des langues étrangères. Le colloque se propose de croiser les approches disciplinaires en étudiant l’usage des manuels scolaires allemands et français ou manuels d’allemand et de français langues étrangères, qui dépasse la diffusion de savoirs, selon les contextes extérieurs familiaux, historiques, ou sociaux des XXe et XXIe siècles. Nous nous interrogerons sur les connaissances transmises et leur évolution : quels savoirs linguistiques, métalinguistiques et culturels doivent être transmis ? De quelle façon illustrent-ils une évolution des discours épistémiques (historiques, linguistiques, littéraires, socio-culturels) et institutionnels véhiculés au cours des XXe et XXIe siècles ? Quels sont les savoirs partagés (common ground) sur la culture et la société des pays de la langue cible, savoirs supposés et savoirs nécessaires à l’intérieur de la classe ?
Afin d’étudier la charge idéologique et symbolique des manuels allemands et français, les contributions sur les représentations socio-culturelles ou les imaginaires linguistiques sont particulièrement bienvenues. On se concentrera sur la façon dont les manuels peuvent être un outil de (dé-)construction des images stéréotypées et œuvrent à la coopération interculturelle initiée entre la France et la RFA depuis plus de 60 ans.
Informations pratiques :
Les communications seront d’une durée de 20 minutes et suivies de 10 minutes de questions. Les langues de communication seront l’allemand ou le français.
Modalités de soumission des propositions :
Les propositions de communication n’excéderont pas 350 mots (hors références bibliographiques) et devront être envoyées avant le 15 juillet 2024 à : franziska.flucke@parisnanterre.fr et laure.gautherot@sorbonne-nouvelle.fr
Calendrier :
– 15 juillet 2024 : Date limite de soumission des propositions
– Début septembre 2024 : Notification d’acceptation ou de refus
– 23 et 24 janvier 2025 : Déroulement du colloque (23 janvier 2025 : dîner du colloque) – Juin 2025 : Remise des articles pour la publication
– Printemps/été 2026 : Publication
Texte complet, dans les deux langues, ci-dessous :