Née en 1939, Marianne Franchéo a fait des études de Romanistik et Anglistik à l’université de Heidelberg, passé son Staatsexamen et enseigné au lycée en Allemagne pendant quelques années. Son rêve était de partir à l’étranger pour découvrir le monde, ce qui ce qui la conduisit in fine à l’Ecole normale supérieure de Fontenay en tant que lectrice en 1969. Elle y devint maître de conférences en 1988, après la soutenance de sa thèse.
Dans les années 1980/1990, elle avait consacré ses recherches de civilisationniste à l’histoire des femmes et du genre, à l’interface entre étude des corpus juridiques, analyse des réalités sociales et exploration des discours, des normes linguistiques et des représentations. Elle était titulaire d’une thèse de doctorat de 3e cycle en études germaniques sur La Femme allemande au XIXe siècle, statut juridique et condition sociale (Paris 4), qui s’appuyait entre autres sur des comparaisons entre droit prussien, Code Napoléon et Code civil du Royaume de Saxe. Proche des historiennes germanistes Rita Thalmann et Marie-Claire Hoock-Demarle (Paris 7 Denis-Diderot), elle avait participé aux travaux du séminaire pionnier « Sexe et Race » de la première (avec, notamment, un article sur les débats juridiques dans l’Allemagne du XIXe siècle et leurs effets sur le statut des femmes, 1992) et publié une étude sur les Allemandes révolutionnaires émigrées après 1848/1849 dans un ouvrage collectif de la seconde (Femmes, nations, Europe, 1995). Directrice d’une publication aux presses de l’ENS de Fontenay-aux-Roses intitulée Langage et pouvoir en interaction. Étude de quelques exemples (1995), Marianne Franchéo y avait elle-même étudié la mise en scène du rôle des sexes dans le code civil bavarois, mais elle avait aussi permis, en coordonnant l’ensemble, à de jeunes doctorantes et doctorants de l’ENS d’y présenter leurs travaux en cours d’élaboration sur divers sujets et périodes. Car elle était avant tout soucieuse, aussi bien à travers ses enseignements que par ses encouragements et ses conseils, de passer le flambeau à une jeune génération de germanistes qui se souviennent avec émotion de la confiance qu’elle leur témoignait.
Jusqu’à sa retraite en 2003, elle a formé des générations de jeunes femmes, puis aussi de jeunes hommes. Toutes et tous ont bénéficié de ses méthodes alors très modernes avec utilisation du laboratoire de langue et de la vidéo et se souviennent avec reconnaissance de ses cours de thème allemand qui les préparaient excellement à l’agrégation. Car Marianne Franchéo avait la passion de la langue, des langues et de l’ouverture sur autrui qu’elles permettent.
Retirée ensuite dans son village du Lot, elle organisait des soirées mensuelles autour d’un mot ou d’un champ lexical envisagés dans diverses langues. Y étaient conviés des voisins venus de tous les horizons linguistiques, chacun devant apporter sa contribution dans sa langue maternelle. En hiver, elle partait chaque année plusieurs mois en voyage, la plupart du temps en Asie. En tant que membre du réseau SERVAS, elle pouvait être accueillie partout dans le monde et de nombreux membres de l’association, venus des quatre coins de l’horizon, ont pu bénéficier de son hospitalité – tous comme ses anciens élèves, qu’elle recevait toujours avec grand plaisir.
Marianne Franchéo restera dans nos mémoires comme enseignante de premier plan et personnalité d’une très grande humanité qui a toujours eu à cœur d’écouter, d’encourager et de mettre en relation.
Texte rédigé par Corinne Bouillot, Anne-Marie Pailhès et d’autres élèves des années 1980.