Nous publions ici un texte d’hommage au Professeur Frédéric Hartweg, rédigé par ses collègues du département d’études allemandes de l’Université de Strasbourg. L’AGES s’associe à cet hommage et présente à la famille, aux amis et aux collègues de Frédéric Hartweg ses condoléances attristées.
Décédé le 9 novembre 2021, Frédéric Hartweg fut un arpenteur passionné de la germanistique, au service de laquelle il a œuvré durant toute sa vie, tant dans ses activités de recherche que dans ses enseignements. Né en 1941 à Sessenheim, haut-lieu de culture en Alsace, son parcours de formation l’a mené de Strasbourg jusqu’à l’École Normale de Saint-Cloud. Après avoir obtenu l’agrégation d’allemand, il effectuera son doctorat d’état sous la direction de Jean-Marie Zemb. Il enseigne ensuite durant une vingtaine d’années à l’Université de Nanterre, avant de rejoindre l’Université Marc Bloch de Strasbourg en 1993. Dans la capitale alsacienne, il transmettra son savoir aux étudiants d’allemand en Langues, Littératures et Civilisations Étrangères et Régionales ainsi qu’à ceux du Centre d’Études Germaniques, institution de formation et d’études rattachée à l’Université Robert Schuman. À ces ports d’attache, il faut encore ajouter son activité par-delà les frontières de la germanistique française, entre autres à Marburg, Postdam, Francfort-sur-l’Oder, ou encore aux Etats-Unis. L’une de ses dernières distinctions fut sa cooptation comme professeur au Forschungszentrum Deutscher Sprachatlas de Marburg en 2018. Une telle activité lui a ainsi valu une reconnaissance internationale dont témoigne aussi son investissement institutionnel : Frédéric Hartweg a été membre d’institutions diverses telles que l’Association internationale der germanistes (Internationale Vereinigung für Germanistik), du conseil d’administration de l’office franco-allemand pour la jeunesse (Deutsch-französisches Jugendwerk), du sénat de fondation de l’Europa-Universität Viadrina à Francfort-sur-l’Oder.
Histoire de la langue allemande, de l’Alsace, protestantisme, place des églises dans les deux Allemagnes : nombreux sont les domaines de recherche explorés. Ces domaines se jouxtent, s’enchâssent parfois, dans le temps et dans l’espace, au fil d’une intense activité scientifique témoignant d’un éclectisme fécond. La vision de la germanistique portée par Frédéric Hartweg était celle d’une discipline ouverte, nécessairement pluridisciplinaire, décloisonnée. En témoignent ses quelque 300 publications, parmi lesquelles on relèvera, pour n’invoquer que trois de ses thèmes de recherche, son manuel d’introduction au Frühneuhochdeutsch, sa très volumineuse documentation en deux tomes sur les relations entre les Églises et le pouvoir est-allemand (SED und Kirche) ou encore l’ouvrage consacré à Sebastian Brant qu’il a dirigé avec Wolfgang Putschke. Son imposante production scientifique fait se côtoyer l’histoire de la langue allemande, le protestantisme en Allemagne, le rôle des Eglises dans la société, la littérature du Moyen-Age et celle de la période baroque, la communauté huguenote à Berlin, Thomas Müntzer et Martin Luther, l’histoire politique et culturelle de l’Allemagne du XXème. Et bien sûr l’Alsace à travers sa langue, sa littérature son histoire – à la fois terre d’origine, terrain de recherche et terreau pour la pensée.