Hommage à Alain Faure

Le Professeur Alain Faure (Nice) nous a quittés en début d’année. Nous publions ici l’hommage rédigé par notre collègue Jean-Marc Bobillon que nous remercions pour son texte.

A la famille d’Alain Faure, à ses ancien.ne.s collègues de l’Université de Nice, l’AGES présente toutes ses condoléances.

 

Décédé le 19 janvier 2022, Alain Faure, père de trois enfants, était né à Oran en 1939, d’un père dauphinois (germaniste !) et d’une mère ardéchoise. Après des études secondaires à Nice, il rejoint le Lycée Louis le Grand à Paris, avant de poursuivre ses études d’allemand à la Sorbonne. Agrégé à 23 ans, il bénéficie d’une bourse de la Fondation Thiers (dans la même promotion que Marc Fumaroli) et débute ses travaux de recherche, notamment au sein du CNRS, qui le conduiront à la rédaction de sa thèse de doctorat, « Johann Martin Miller, romancier sentimental », soutenue à Paris IV, puis d’une thèse dite « complémentaire », consacrée à la correspondance entre Miller et Voß, laquelle servira de base à la publication, par Manfred Stosch, en 2012 de l’ouvrage « Der Briefwechsel zwischen Johann Martin Miller und Johann Heinrich Voß – Unter Verwendung von Vorarbeiten von Alain Faure ».

Durant quatorze années, entre 1996 et 2010, Alain Faure a été membre du comité de rédaction des Cahiers d’Etudes Germaniques (CEG). Il a contribué à de nombreux volumes et dirigé, avec Robert Losno, le numéro « Regards sur le XVIIIe siècle allemand » (CEG 22). Au-delà de ses diverses publications, il reste pour beaucoup d’anciens candidats aux concours de recrutement le co-auteur du « Guide pratique de l’explication de textes en allemand du DEUG au CAPES », publié chez Masson.

Alain Faure entame sa longue carrière universitaire comme assistant à Paris IV, avant de rejoindre Grenoble puis Nice, où il est nommé professeur en 1976. Il y sera l’une des figures marquantes de l’Institut Maurice Marache, qui deviendra ultérieurement le département d’allemand de l’Université de Nice Sophia Antipolis (désormais Université Côte d’Azur). Son plaisir manifeste à enseigner, son humour, une bonhomie marquée et des dons de diplomate bienvenus lorsque conflits et inimitiés marquent de temps à autre le quotidien académique, sont les qualités qui restent dans toutes les mémoires. Sa bienveillance, discrète, a également marqué les esprits : Alain Faure ne mesurait pas son temps pour apporter conseils et soutien aux étudiants en difficulté, qu’il a su souvent mener au succès en dépit de bases fragiles. Grand voyageur, il a, entre autres, arpenté la RDA au volant de son minibus, faisant vivre le jumelage entre les universités de Nice et Iéna, alors que le pays était ostracisé par nombre de collègues. Peu avant son départ en retraite, il avait su déceler les dangers que pouvait signifier la « digitalisation » à marche forcée de l’institution universitaire ainsi que ses conséquences que tous désormais constatent et dénoncent, notamment le report sur les enseignantschercheurs d’un volume croissant de tâches administratives.

Nous garderons d’Alain Faure le souvenir d’un germaniste complet, à l’ancienne – au meilleur sens du terme, sachant laisser du temps au temps, et, last but not least, grand spécialiste de la Feuerzangenbowle qu’il confectionnait à la perfection, année après année, pour la Fête de Noël de « son » département.

A propos Laurent Gautier

Professeur de linguistique allemande appliquée à l'Université de Bourgogne. Directeur de l'EA4182 (Centre Interlangues Texte Image Langage). Directeur-adjoint de la Maison des Sciences de l'Homme de Dijon (USR3516). Vice-président de l'Université de Bourgogne délégué à la valorisation de la recherche.