Patrick del Duca: In memoriam René Pérennec

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de René Pérennec, survenu le 11 novembre 2022.

Né à Tourc’h, dans le Finistère, le 29 mai 1942, il fut reçu deuxième à l’agrégation d’allemand en 1966, puis travailla à l’Université d’Alger de 1967 à 1969 au titre de la coopération. En octobre 1969, il fut nommé maître-assistant à Paris-IV Sorbonne et, en 1982, soutint sa thèse d’Etat, consacrée aux romans arthuriens en Allemagne aux XIIe et XIIIe siècles et publiée en 1984 chez Kümmerle. En 1987, il obtint une chaire de professeur à l’Université François Rabelais de Tours au sein de laquelle il enseigna jusqu’à son départ à la retraite en 2002.

En plus de trente-cinq articles traitant notamment de l’adaptation romanesque au Moyen Âge, il écrivit une monographie consacrée à Wolfram von Eschenbach, et participa en tant que coéditeur au projet intitulé Germania Litteraria Mediaevalis Francigena (GLMF), publiant plusieurs chapitres dans trois des sept volumes composant ce manuel encyclopédique sur les littératures allemande, française et néerlandaise du Moyen Âge.

Nous avons connu René lors du colloque qu’il avait coorganisé à l’Institut historique allemand de Paris en mars 1995 et qui avait pour thème les échanges culturels au Moyen Âge. C’était un homme de dialogue et un maître bienveillant, toujours disponible et ouvert, avec lequel les échanges étaient très stimulants et fructueux. Ce collègue et ami ne brillait pas seulement par son érudition, mais aussi par une capacité très fine à analyser et à interpréter les textes médiévaux, ainsi qu’une disposition à partir sur des sentiers que peu de chercheurs explorent. Il avait consacré sa recherche aux échanges entre la Romania et la Germania, interrogeant des champs variés et peu abordés au sein des études littéraires, tels que la linguistique ou l’histoire politique et sociale, et envisageant une germanistique qu’il qualifiait de « hors sol ». Son rôle de passeur l’amena à traduire plusieurs romans appartenant à la matière arthurienne, comme le Tristrant d’Eilhart von Oberg et le Lanzelet d’Ulrich von Zatzikhoven, ou encore les visions mystiques de Mechthild de Magdebourg, Cette lumière de ma divinité. Il eut juste le temps de terminer, à l’automne dernier, son édition traduite et commentée de la version néerlandaise du Roman de Renart, le Van den vos Reynaerde, qui paraîtra courant 2023 chez UGA Editions. C’était un chercheur internationalement reconnu et sa disparition constitue une immense perte pour les germanistes médiévistes.

Patrick del Duca