Lors de la journée d’automne du 14 octobre 2023, les adhérent-e-s de l’AGES ont voté à l’unanimité la motion suivante:
Contre la fermeture du Goethe-Institut à Bordeaux, Lille et Strasbourg : pour l’avenir de la coopération franco-allemande
Fin septembre, la présidence du Goethe-Institut a fait savoir que les instituts de Bordeaux et de Lille ainsi que le bureau de liaison de Strasbourg allaient être fermés d’ici le 31 décembre 2023.
C’est une nouvelle qui tombe de manière abrupte, sans aucune annonce préalable, sans aucune concertation. Elle suscite la consternation et l’incompréhension chez celles et ceux qui voient dans ces instituts les instruments d’une coopération dynamique, fondée sur une relation de confiance, avec un personnel compétent et dévoué, qui est à l’écoute et au diapason des villes et des territoires dans lesquels ils sont implantés depuis des décennies.
Par les cours de langue qui y sont dispensés, par l’accompagnement pédagogique des enseignant-e-s d’allemand, par la programmation orientée vers les élèves, les étudiant-e-s et le grand public, par la coopération avec les autorités locales, les collectivités territoriales, les universités, les établissements culturels et les associations, les instituts Goethe sont devenus des acteurs essentiels des relations franco-allemandes.
Les certitudes liées à ce travail continu de rapprochement entre Allemagne et France sont désormais sérieusement ébranlées.
Si les fermetures étaient confirmées, il n’y aurait plus de représentation culturelle allemande dans le Nord. Dans l’Ouest et le Sud-ouest, cette présence se réduirait à peau de chagrin, puisque l’institut de Toulouse a déjà perdu l’intégralité de son service linguistique et de nombreux moyens pour ses autres missions. À l’est de Nancy, il n’y aurait plus de relais de la politique culturelle allemande dans une zone frontalière pourtant directement concernée par les échanges entre les deux pays.
Pour nous, germanistes de l’enseignement supérieur, le constat est particulièrement amer : nous remarquons que les principes définis par le Traité de l’Élysée et rappelés par le Traité d’Aix-la-Chapelle ne sont pas respectés. Nous perdons en outre des alliés précieux : les instituts Goethe sont indispensables au rayonnement des études germaniques en France et à la sensibilisation des élèves et futur-e-s étudiant-e-s aux cursus universitaires que propose notre discipline. Nous savons d’expérience que les instituts maintenus ne pourront pas assurer les missions de ceux qui ont fermé.
La mobilisation importante que l’AGES a contribué à faire émerger et continuera à soutenir prouve le fort attachement à ces institutions enracinées au niveau local et régional. Elle révèle aussi le sentiment d’abandon, source de découragement, qu’éprouvent les germanistes devant ces décisions.
Les décideurs à Munich et à Berlin se rendent-ils compte de ce qu’ils sont en train de briser voire d’anéantir ? Il est plus facile de détruire un édifice, construit dans le souci du dialogue et au prix de nombreux efforts, durant des décennies, que de le reconstruire. Or on ne saurait admettre que la présence de Goethe-Instituts historiques en France soit définitivement effacée.
L’Association des germanistes de l’enseignement supérieur s’élève contre ce signal désastreux et demande au comité directeur du Goethe-Institut et au gouvernement de la République fédérale d’Allemagne de revenir sur les fermetures programmées à Bordeaux, Lille et Strasbourg. Nous invitons les autorités françaises à nouer un dialogue avec les partenaires allemands pour les convaincre de reconsidérer leur décision.