Nous avons appris le décès de notre collègue Alain Ruiz, qui fut professeur à
Aix-Marseille puis à Bordeaux Montaigne jusqu’en 2006. A ses proches, à ses amis et anciens collègues, le bureau de l’AGES présente ses condoléances attristées. Nous publions ici un texte d’hommage sous la plume du Professeur Jean Mondot.
Alain Ruiz (1938-2021)
Notre collègue et ami Alain Ruiz nous a quittés ce 6 décembre 2021. Il avait rejoint l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3 en 1994 et il y avait enseigné la civilisation et l’histoire allemandes jusqu’à sa retraite en 2006. Il avait commencé sa carrière universitaire come assistant à la faculté d’Aix en Provence en 1964, était devenu maitre-assistant ensuite en 1968. Après avoir soutenu sa thèse d’Etat en 1979, il avait été nommé professeur dans la même université l’année suivante.
La carrière d’Alain Ruiz répondit à une véritable vocation pour sa discipline, la germanistique. Né à Alger en 1938, il avait d’abord fait des études classiques au lycée de la ville et manifesté très tôt un vif enthousiasme pour la langue allemande qui résistera même à une pédagogie peu amène. Au moment de choisir sa voie, il s’oriente donc vers des études d’allemand. Comme l’université d’Alger ne dispense pas de cours d’allemand, son professeur lui conseille d’aller étudier à Aix. Ce qu’il fait. Il y suit notamment les cours de Pierre Jalabert et de Pierre-Paul Sagave, passe ensuite les concours du CAPES puis d’Agrégation. Il en sort 3e. Ce beau succès lui vaut d’être remarqué aussi par le président du jury, Eugène Susini. L’époque était aux petites cohortes. L’agrégation était dotée d’une douzaine de postes sur lesquels les jurys prélevaient une somme souvent modeste de lauréats. L’année suivante, il obtient une bourse Alexander von Humboldt dont il aimait à rappeler qu’il avait été le premier boursier français depuis 1945. Son prédécesseur n’était personne d’autre que Pierre Bertaux. Alain Ruiz entame une thèse sous la direction de Susini sur un sujet qui se révèle trop vaste, Le mythe de Napoléon dans la littérature allemande, qu’il abandonne au bout de quelques années. Il continue ses recherches mais avec un autre directeur de thèse et un autre sujet. C’est sous la houlette de Pierre Bertaux qu’il va se consacrer pendant une dizaine d’années à l’étude de Karl Friedrich Cramer, pédagogue, journaliste et « jacobin » qui entretient un vaste réseau de correspondances dans toute l’Europe. Il a ainsi l’occasion de découvrir une lettre de Cramer à Sieyès qui attire l’attention de Walter Grab, professeur à l’université de Tel-Aviv et spécialiste d’une histoire allemande plus « à gauche ». Alain Ruiz « entre » dans le réseau jacobin et participera en particulier à la confection d’un lexique biographique d’histoire des mouvements démocratiques et libéraux en Europe centrale.
Par la suite, ses recherches influencées par Michael Werner et Michel Espagne vont s’orienter vers les passeurs et intermédiaires culturels. Les voyageurs allemands dans le midi seront impitoyablement débusqués. Il ne se contente pas d’ailleurs de publications, il organise aussi des expositions sur les voyages. En dehors de ces recherches historiques, il s’intéressait également beaucoup à la musique et à la chanson. À sa retraite, il participa à des chorales.
Alain Ruiz a été un professeur très consciencieux et scrupuleux, qui a laissé à ses étudiants un souvenir marquant. Il a aimé passionnément enseigner, donnant des cours à l’université du temps libre après sa retraite, recherchant des illustrations et des films pour mieux faire comprendre la civilisation allemande de Luther à Adenauer. Ses recherches variées et nombreuses ont été dans bien des cas pionnières. Il a été un collègue et un ami toujours dévoué, affable et ouvert. Sa fin de vie a été difficile, éprouvée par la perte douloureuse de son fils et par une série d’interventions médicales qui finalement ont eu raison de son vouloir-vivre.
Jean Mondot