Annonce de décès – Corinne Bouillot

Corinne Bouillot était maîtresse de conférences en études germaniques à l’Université de Rouen et membre de l’Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles (ERIAC). Elle est décédée le 30 novembre 2025 à l’âge de 59 ans des suites d’un cancer.

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Fontenay St. Cloud, elle a été lectrice de français à l’Université Humboldt de Berlin – Berlin-Est! – l’année de la chute du Mur. Ses premiers travaux de recherche ont été consacrés à l’histoire des femmes (La genèse du socialisme est-allemand et l’encadrement des femmes par le pouvoir. De l’occupation soviétique à l’État socialiste 1945-1952, Lille, Presses du Septentrion, 1996).

Depuis une quinzaine d’années, elle s’était engagée dans une approche historique comparatiste qui l’a aussi amenée à s’intéresser à l’histoire locale – locale par le choix des objets, mais pas par la portée des enjeux. Elle a dirigé un ouvrage collectif sur La reconstruction en Normandie et en Basse-Saxe après la Seconde Guerre Mondiale (PURH, 2013) qui étudie les implications politiques et sociales, patrimoniales et mémorielles de la reconstruction. En 2016, elle a codirigé le collectif Bombardements 1944. Le Havre, Normandie, France, Europe.

En 2019, elle a fondé l’association Pavés de Mémoire Rouen Métropole (https://pavesmemoirerouen.fr) qu’elle a présidée jusqu’à la fin. Son travail de recherche et sa détermination a abouti à la pose de 110 pavés gravés (les Stolpersteine de l’artiste allemand Gunter Demnig) qui, dans les rues de Rouen et de son agglomération, honorent individuellement la mémoire des enfants juifs mineurs et de leurs familles devant leur dernier domicile avant la déportation. Par ses recherches documentaires, son travail d’archives, ses publications, mais aussi la coordination des projets pédagogiques liées aux poses et le contact établi avec des membres des familles déportées, Corinne Bouillot a permis à beaucoup de retrouver la trace des leurs, et à tous de partager le souvenir de leur sort. Car la mémoire de la Shoah était aussi pour elle un engagement citoyen de lutte contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discrimination, un enjeu de vigilance humaniste et démocratique, alors qu’elle observait avec inquiétude les tentatives de récupération et de falsification de l’histoire, la montée de l’extrême-droite et des idéologies identitaires partout dans le monde. Au cours de ces quelques années, plus d’un millier d’étudiants et d’élèves de Rouen et alentour auront été impliqués dans ce travail d’enquête historique et de transmission de la mémoire. Ces dernières années, Corinne Bouillot avait également contribué au Dictionnaire des victimes du nazisme en Normandie (https://mrsh.unicaen.fr/dictionnaire-victimes-nazisme-normandie/) avec plus de 200 notices biographiques qu’elle a continué à rédiger alors qu’elle savait son temps compté.

Pendant près de trente ans, Corinne Bouillot a été un pilier du département d’Études germaniques. C’était une chance et un plaisir de travailler avec elle : son engagement, sa générosité, sa combativité, son souci infini des étudiantes et des étudiants, son sens critique et sa révolte aussi parfois, resteront dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont connue.